Le plus beau jour de l’année

J’aime le premier mai, il est le symbole des beaux jours. Il les appelle.
Mon père me tenait sur ses épaules, puis il me portait sur ses épaules. J’avais le droit de mettre un autocollant sur ma poitrine. On achetait du muguet. Les gens étaient heureux de se retrouver. Il y avait un espoir. Puis on allait pique-niquer à la mer. Et le jeu était de se baigner quel que soit le temps pour se convaincre que déjà se pointait un irrésistible été. 
C’est le plus beau jour de l’année, le 1er mai. Ce jour là tout est arrêté, et tout autour de la terre, des femmes et des hommes se rassemblent sur les places avec leurs drapeaux dans le vent. Ils disent la dignité de celles et ceux qui vivent de leur travail comme la dignité de celles et ceux qui en sont privés. Ils disent qu’on ne naît pas pour s’abîmer à la tâche. Ils disent qu’on ne travaille pas pour y laisser la peau. Ils manifestent la force du monde du travail. Et ce jour là, au moins, le capital attend, le capital est nu, le capital est cru. On le regarde plus que jamais droit dans les yeux, et l’on rappelle sa nature, ne lui déplaise. La parole est à celles et ceux qui travaillent ! 
C’est le plus beau jour de l’année, le 1er mai, sauf lorsqu’on se le fait piétiner. Et je me rappelle de la révolte qui m’avait saisi l’année de mes vingt ans. J’avais la guitare en bandoulière, un bandana dans les cheveux. Déjà, j’étais noué comme un torchon de voir l’extrême-droite essayer de s’approprier un jour qui lui crache à la figure. Alors comment ne pas se tordre devant ce drame, celui de l’assassinat d’un jeune trente ans, Brahim Bouarram, qui avait eu le tort de passer en marge de son rassemblement de dangereux imposteurs ? Je n’ai pas oublié.
C’est pourtant le plus beau jour de l’année, le 1er mai. Un marathon pour le député, qui fait le tour des points de rencontre tout autour du Golfe de Fos, pour saluer les camarades et les amis qui se retrouvent et partager cette fraternité qui nous lie tout au long de l’année. J’aime cette énergie. Et cette année, il faudra s’en passer.
Le premier mai, on est là par principe. Pour ne jamais oublier le prix des conquêtes ouvrières. Pour manifester la permanence de la dignité humaine. Pour prendre la vague venue de plus loin. On est là par principe, mais le premier mai, on a toujours la liste des revendications en poche. 
Ce 1er mai 2020, comment passer à côté de la santé au travail ? Combien de femmes et d’hommes ont mis la leur en jeu face au virus ? Dans les hôpitaux, dans les EHPAD, dans les supermarchés, dans les usines, dans les dépôts, dans les bureaux de poste… Combien de femmes et d’hommes vont s’exposer dans les semaines à venir ? A-t-on pensé à leur santé ? A-t-on décidé de s’en occuper suffisamment ? Ce n’est pas rien, le temps passé au travail dans une vie. Il y a des chances qu’on y attrape un mal ou un autre. L’humain y est pressé et compressé : il faut être productif, compétitif et rentable. J’ai vu trop de femmes et d’hommes abîmés par le travail, j’en ai vu trop abîmés par la précarité et le chômage. Au moment d’embrayer à nouveau, quelles précautions ont été prises partout pour s’assurer que l’humain au travail ne sera pas maltraité ? A l’arrêt, au turbin ou en télétravail, nous avons toutes et tous traversé un traumatisme. 
J’ai vu le Président de la République, expliquer sa mélancolie de ne pas voir se manifester « l’esprit chamailleur du premier mai ». L’esprit chamailleur ? Je crois qu’on ne se comprend pas bien. On n’est pas dans un jeu d’enfants, on n’est pas dans une dispute entre bons amis, on n’est pas dans le chambrage folklorique. L’affaire est plus sérieuse que ça. Il y a des vies en jeu. 
 
Le travail, on a vu comme il manque quand on doit l’arrêter. Alors il faut le respecter. Il ne faut pas le gâcher. Il est tellement sous tension, sous pression, sous domination. Il faut chercher à lui restituer tout ce qu’il peut porter d’émancipation. Le travail est une oeuvre. Parce que les humains sont des faiseurs, des créateurs, des producteurs, des façonneurs. Une oeuvre individuelle et collective qui répond aux besoins de nos existences. On y gagne des droits partagés, celui au remboursement des soins, celui à une assurance-chômage, celui à une retraite. On lâche pas, sur la retraite, hein ? Le projet est là, pendant, sur le fil à linge... Il n’est pas encore dans une malle au grenier. 
 
Le travail est une oeuvre faite par des gens du métier. Ces métiers qu’on saucissonne, qu’on estompe, qu’on méprise. A celui qui a développé un savoir-faire, comment peut-on dire que le premier venu pourra le remplacer ? A celle qui connaît à ce point le sens de ce qu’elle fait, peut-on si peu la rémunérer ? Pour changer le travail, il faut qu’il ne soit plus à ce point instrumentalisé. Ce sont des femmes et des hommes avec une conscience qui travaille. Ce n’est pas aux grands propriétaires qu’il revient de le régenter.
 
Ce sont des choses qu’on se dit le Premier mai. Et ce sont des choses que j’écris aujourd’hui à la ministre du travail (lire la lettre à Muriel Pénicaud), pour que monte jusqu’à ses oreilles le chant des confinés empêchés de se rassembler. Et je pense à vos visages dans la lumière du printemps.
 
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