Protection du peuple arménien

Protection du peuple arménien - Proposition de résolution - Discussion générale - 3 décembre 2020

 

Maudite soit la guerre ! La guerre ne résout rien, elle n’est qu’une défaite du dialogue, de la politique, de l’humanité, et tout ce qui peut être fait pour l’éviter doit l’être. Pourtant, dans de nombreuses régions du monde perdurent des conflits, macèrent des nationalismes, s’aiguisent des appétits de domination.

Le 27 septembre dernier, une opération armée a été engagée par l’Azerbaïdjan sur le territoire de l’Artsakh, ou Haut-Karabakh, dont la population, historiquement liée à l’Arménie et connaissant déjà une forme d’autonomie, a proclamé son indépendance en 1991 à la suite d’un référendum, ladite autonomie ne faisant cependant pas l’objet d’une reconnaissance internationale.

Cette agression brutale, soutenue par la Turquie, facilitée par le commerce des armes, marquée par l’usage d’armes non conventionnelles, menée avec le concours de mercenaires issus de mouvements intégristes et de djihadistes venus de Syrie, a provoqué une réaction immédiate de l’Arménie.

Ce conflit meurtrier a entraîné des déplacements massifs de population, faisant craindre une opération de nettoyage ethnique total et rappelant de sombres heures de l’histoire. Des écoles, des églises, des habitations ont été détruites, laissant dans la peur et le désarroi des milliers d’habitants.

Le 9 novembre, un cessez-le-feu a été signé entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan sous l’égide de la Russie, interrompant plusieurs semaines de combats. Il serait fou de penser que cet accord permet d’envisager une paix durable entre les peuples de la région.

Nous ne pouvons demeurer indifférents à cette situation, et la France le peut d’autant moins que, pour essayer de trouver une issue à ce conflit, a été créé en 1992 le groupe de Minsk, dont elle est censée assumer la présidence avec la Russie et les États-Unis.

Or nous ne pouvons que dresser un constat d’échec dramatique. Qu’avons-nous fait ? Nul ne prétend qu’il est facile de donner une issue à cette situation héritée de l’histoire et trouvant ses sources dans les suites des traités de la Première Guerre mondiale et dans celles de l’effondrement de l’URSS.

Dans cette partie du monde encore embrasée, la région est en proie à une instabilité certaine, accrue par la vivacité des velléités expansionnistes et des sentiments nationalistes. Nous connaissons la propension de l’actuel gouvernement turc à vouloir étendre sa domination, éteindre des réalités culturelles et installer un pouvoir autoritaire en flirtant pour cela avec intégristes et terroristes, ce qui ne l’empêche pas de toujours compter au nombre de nos alliés de l’OTAN.

La France ne doit pas détourner les yeux, elle doit agir au sein des instances internationales pour que les derniers événements ne débouchent pas sur de nouveaux développements encore plus tragiques. Nous voulons croire qu’une solution de paix durable peut être construite, dans laquelle seraient créées les conditions d’une pleine reconnaissance mutuelle, permettant une reconnaissance multilatérale de l’Artsakh dans des frontières acceptées par tous et établies dans des relations de voisinage apaisées.

Il est urgent de démilitariser les relations et de définir un cadre de droit international, et c’est tout le sens de la proposition de résolution que j’ai déposée il y a quelques semaines avec plusieurs de mes collègues. Nous pouvons être d’accord sur cet enjeu, et ma conviction s’en est encore trouvée renforcée quand j’ai entendu, tout à l’heure, Guy Teissier évoquer la présente proposition de résolution.

Cependant, la rédaction de cette dernière, assez différente de la manière dont vous avez présenté les choses à la tribune, cher collègue, n’est pas sans provoquer ce que j’appellerai diplomatiquement un certain embarras. En effet, le diagnostic formulé évacue la profondeur historique du conflit et il en présente la nature de façon trompeuse, reprenant à son compte la théorie du choc des civilisations pour en faire un conflit d’ordre religieux, ce qui donne le sentiment d’en faire un moyen d’illustrer et de favoriser la montée de l’affrontement identitaire jusque dans notre pays.

Je veux dire ici notre pleine sensibilité au sort des femmes et des hommes persécutés en raison de leurs convictions religieuses partout dans le monde, notamment les chrétiens d’Orient. Pourtant, nous refusons d’agir au nom de principes dits judéo-chrétiens, pour reprendre les mots de la résolution, érigés en valeurs universelles : cette vision nous ramène en effet à l’ineptie d’une guerre de l’axe du bien contre l’axe du mal. Décrire le conflit du Haut-Karabakh de cette manière nous envoie dans la mauvaise direction. En réalité, il s’agit d’un conflit politique, et politique sera la solution. La paix pour tous les habitants et toutes les habitantes doit être notre obsession, car cela correspond à ce que les femmes et les hommes de tous les peuples ont dans le cœur.

Si nous pouvons nous retrouver dans certains aspects de votre proposition de résolution, il s’en dégage un état d’esprit qui nous semble problématique. Pas plus que la république d’Artsakh, nous ne voulons être enrôlés dans une guerre de civilisation.

L’esprit de responsabilité nous imposait de ne pas taire nos divergences. Cependant, nous ne nous opposerons pas à cette proposition de résolution. Je pense à mes amis et aux nombreuses familles ayant des attaches arméniennes, qui sont aujourd’hui meurtris. Pour eux, le Gouvernement doit entendre l’exigence – croissante, provenant de toutes sensibilités et que votre initiative nous a quand même permis d’exprimer – d’un engagement fort de la France pour qu’une paix juste et durable finisse par l’emporter à l’Artsakh.

 

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