Stratégie du groupe Carrefour

Question au gouvernement - 18 mai 2021

Le groupe Carrefour a annoncé sa volonté de se séparer de quarante-sept magasins, dont dix hypermarchés situés dans des territoires populaires, comme celui de Port-de-Bouc, dans ma circonscription. Les 3 500 salariés concernés ont appris cette décision par la presse. À ce jour, les instances représentatives du personnel n’ont pas été officiellement informées. Cette décision vise uniquement à satisfaire l’appétit des actionnaires au détriment des salariés du groupe, lequel revendique ainsi son irresponsabilité tout en déployant un puissant mécanisme de dumping social. Des témoignages préoccupants affluent de sites qui ont déjà connu cela.


Au cours des dernières années, Carrefour a touché des centaines de millions d’euros d’aides publiques. En 2020, il réalisait un chiffre d’affaires en hausse de 7,8 % – « sa meilleure performance depuis au moins vingt ans », assurait un communiqué – et il ne s’est pas privé de distribuer 183 millions d’euros de dividendes.

Les salariés du groupe ont bravé le virus pour que nous puissions continuer de nous approvisionner, sans même toucher la fameuse prime Macron. Aujourd’hui, ils sont inquiets, en colère, mobilisés, et refusent d’être ainsi méprisés, vendus, peut-être déclassés. Carrefour a des responsabilités à assumer et l’État est à tout le moins comptable de l’utilisation des aides qu’il verse aux entreprises.


Je ne vous demande pas, madame la ministre du travail, de l’emploi et de l’insertion, si les logiques financières sont protégées par la loi au nom de la liberté d’entreprendre et si ces manœuvres sont couvertes par le secret des affaires. Mes questions sont politiques : peut-on rester impassible devant un tel comportement et accepter que ceux et celles qui ont déjà tiré profit de la situation sanitaire s’affranchissent du minimum de décence qu’appelle la sortie de crise ? Peut-on laisser s’accélérer encore la financiarisation d’un groupe qui joue un rôle structurant dans les échanges, la distribution et la production alimentaires ?


Au bout de sept journées d’action, les salariés, traînés en justice pour leur mobilisation, n’ont pour toute garantie que leur inquiétude. Que comptez-vous faire, madame la ministre ?

 

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