1er Mai : lettre ouverte à Muriel Pénicaud

 1er mai : adresse à Madame Penicaud, ministre du Travail

 
1er mai 2020
Madame la ministre du Travail
 
 
Ce premier mai 2020, nous aurions été nombreuses et nombreux à manifester dans les rues de nos villes, sans les contraintes du confinement généralisé. Mais ces manifestations que nous n’avez pas vues — les auriez-vous considérées en temps ordinaires ? — elles ont eu lieu quand même sur les balcons, sur les réseaux, dans les esprits.
Le Premier mai, ce ne sont pas des chamailleries. C’est le monde du travail qui se montre, qui revendique et qui attend des réponses.
Les travailleurs et les travailleuses ont été mis à rude épreuve depuis le début de la crise, et c’était déjà le cas avant. Sous la menace de l’épidémie, ils ont été envoyés non pas au feu, mais au charbon. Ils n’ont pas rechigné à la tâche : ils ont exigé de véritables protections et ils ont demandé que le risque qu’on leur demandait de prendre soit absolument nécessaire. Vous avez si mal répondu à ces deux questions. Et il est à craindre que la saison 2 de la crise du coronavirus, Le déconfinement, ne soit puisée au même tonneau.
 
Le message que je veux porter en ce premier mai est simple. 
Il faut respecter l’humain au travail. 
Plus encore dans cette épreuve, les corps et les esprits ont été mis sous tension.
Alors où en est-on des masques professionnels, des tests, des protections pour celles et ceux qui travaillent ? Quelles mesures prenez-vous pour renforcer l’action publique et les outils sociaux dans le but de garantir la santé au travail ? Pourquoi ne pas reconnaître le caractère professionnel du Covid-19 contracté par des personnes obligées de travailler pendant l’Etat d’urgence sanitaire, à commencer par celles en contact direct du public ? Quel dispositif prévoyez-vous pour accompagner le recours au télétravail ? Quelles négociations impulsez-vous pour définir les conditions de travail particulières à la période ? Pourquoi ne pas soumettre les plans de redémarrage aux instances représentatives du personnel ? Pourquoi ne pas libérer l’initiative des inspecteurs et inspectrices du travail ? Pourquoi ne pas tout faire afin de pourvoir rapidement les postes vacants de médecins-inspecteurs du travail ? Pourquoi maintenir ces ordonnances injustifiables qui autorisent la dérogation au temps de travail ordinaire et donnent des latitudes pour les congés ? Pourquoi ne pas rendre obligatoire la réunion de commissions d’hygiène et de sécurité des conditions de travail partout dans cette période ? Et même, pourquoi ne pas rétablir les CHSCT qui nous font tant défaut ?
Il faut respecter l’humain au travail. 
Pourquoi annoncer des primes à la carte, inégalitaires, qui laissent sur le côté des femmes et des hommes fortement engagés dans la crise, et refuser d’engager dès aujourd’hui la reconnaissance salariale durable de ces fameux métiers méprisés, dont certains sont très majoritairement exercés par des femmes ? Pourquoi ne pas engager cette grande conférence sur les salaires et refuser d’interdire la distribution de dividendes en temps de crise ? Pourquoi ne pas porter à 100% du salaire l’allocation d’activité partielle jusqu’à deux SMIC ? Pourquoi maintenir cette réforme insensée de l’assurance-chômage que vous avez imposée en arguant de la décrue du chômage, en sachant qu’elle va précipiter nombre de femmes et d’hommes vers le RSA ? Pourquoi obliger les salariés à remettre leurs enfants à l’école sans avoir réuni les conditions sanitaires suffisantes, tout en parlant de volontariat ? Pourquoi ne pas imaginer un grand plan de formation accompagnant la continuation de l’activité partielle pour préparer la relance et les transformations à l’oeuvre en sécurisant les parcours professionnels ? Qu’attendons-nous pour ouvrir le débat sur la relance afin de ne pas gâcher ni le travail ni la matière ? 
 
La politesse des remerciements ne répond pas à ces questions. 
 
Il faut respecter l’humain au travail. 
Il faut changer le travail. Il faut lui redonner sens. Il faut le libérer de la grande compétition organisée par le capital, ces jeux de la faim dont la crise a, s’il le fallait, souligné l’obscénité et l’insupportable. Il faut lui redonner sens, parce que quel qu’il soit, le travail, c’est l’oeuvre, l’oeuvre humaine. 
 
C’est l’un des lieux où il y a le plus à se réinventer. Madame la ministre, vous comprendrez que je vous aie parlé sans détours, au-delà peut-être des usages. Mais c’est une colère profonde qui fait crier mes mots dans cette lettre, d’autant plus qu’en y apposant ces dernières phrases, j’ai en tête les visages de Floriane, Kader, Sandy, Aïcha, Laure, Alain ou Nicolas, qui soignent, accompagnent, déchargent, tiennent la caisse, forgent, conduisent ou réparent, ici, sur les rives de la Méditerranée. Ces femmes et ces hommes ne veulent pas abîmer leur vie à la gagner. 
 
Veuillez agréer, madame la ministre, mes salutations républicaines. 
 
 
Pierre Dharréville
Député de la 13ème 
circonscription 
des Bouches-du-Rhône
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