Place 592

Ce n'est pas l'histoire qui nous regarde, c'est la vie. L'histoire nous regardera si elle le daigne et ce sera trop tard. Dans mon action politique, j'ai toujours veillé à habiter le moment, à l'investir du meilleur, en cédant le moins possible aux facilités par lesquelles les grands gestes du passé sont commués en escabeaux, et pour tout dire en marchepieds. Je ne suis pas de ceux qui agissent pour faire de la place à leur propre destin dans la marche du monde et qui cherchent dans les comparaisons non pas des invocations sincères mais tout juste un beau miroir où capter la lumière d'un autre.

Je me méfie des héritiers autoproclamés. Je leur trouve trop d'orgueil. Ils menacent toujours de finir en gardiens du temple ou en usurpateurs.

J'ai cependant toujours nourri une grande passion pour l'histoire. Une passion sincère. La puissance des grandes épopées comme la violence des grands drames enseignent à l’humanité beaucoup sur elle-même. L’histoire est toujours là, inévitablement, avec la lenteur des mutations qui s'y opèrent et les accélérations soudaines de son mouvement. Et sans même la convoquer, dans les insuffisances de notre conscience, nous sommes bien ses enfants.

En rentrant dans l'hémicycle, peut-être parce que ce n'était pas la première fois, ce n'est pas la charge historique du lieu qui m'a agrippé par le col, mais bien celle des immenses attentes rencontrées durant la campagne. Pourtant, lorsque m'a été attribuée ma place, à gauche, où tant d'autres avant moi ont mené bataille, j'ai remarqué une plaque vissée sur mon siège comme il en existe sur un certain nombre parmi les cinq cent soixante-dix-sept. Sur cette plaque, un nom : Gabriel Péri. Et cette mention : député de Seine-et-Oise, 1939-1945.
« Tu as vu ? » me demande fièrement André Chassaigne, en me précisant que ce siège fut occupé aussi par Alain Bocquet son prédécesseur à la présidence de notre groupe.
Rattrapé par l'histoire. Sans se rengorger en y voyant quelque signe du destin, il y a quelque chose à dire de cette circonstance, de cette coïncidence. C'est de là que partent les romans ou bien qu'ils aboutissent.

Gabriel Péri était journaliste, une grande plume de L'Humanité, où j'ai aussi usé un peu la mienne. Un de ces journalistes exigeants occupés à scruter le monde et à lever le voile sur le réel. Ses lunettes rondes et ajustées, au-dessus d'une moustache entretenue ajoutent sans doute à cette impression ambivalente : une certaine douceur, une certaine sévérité. Une figure d'intellectuel.
Gabriel Péri a grandi à Marseille où il poursuivi ses études jusqu'au baccalauréat, empêché de le présenter par la tuberculose, et a navigué entre Nîmes et Marseille une paire d'années durant. J'ai grandi à Nîmes avant de rejoindre la Provence. C'est ensuite en Seine-et-Oise, à Bezons et Argenteuil qu'il a été élu député, après plusieurs tentatives dont une malheureuse à Marseille. J'ai vécu quelques années, au début de ma vie professionnelle, à Colombes, juste de l'autre côté de la Seine et j’ai oeuvré à Marseille. Gabriel Péri n'a pas connu les jours heureux. Remarqué pour son indépendance d'esprit, il fut l'un des dirigeants influents du Parti communiste durant l'entre-deux guerres. Il était résolument engagé contre le fascisme, débusquant son imposture jusqu'à y consacrer un livre. Grand résistant, il a fait partie de la foule de ceux qui ont payé leur courage de leur vie. Il a été fusillé le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien. Il est l'un de ceux auxquels Louis Aragon a dédié ce poème qui m'est cher, La rose et le réséda, que je me suis appliqué à mettre en musique voici quelque temps. La ritournelle en est connue : "celui qui croyait au ciel, celui qui n'y croyait pas". Et cette formule employée à tort et à travers : "quand les blés sont sous la grêle, fou qui fait le délicat, fou qui songe à ces querelles au cœur du commun combat". Ce poème dit le drame et la peine, il dit l'amour et le courage. Le verbe est profond. Et l'idée qu'il porte avec tant d'élégance mériterait de plus amples efforts au cœur des batailles de notre temps. Ce poème est le symbole aussi de cette longue histoire entre le mouvement communiste et les croyants. En cela, évidemment, il occupe dans mes références une place singulière.

L'hémicycle est chargé de ce murmure de celles et ceux qui s'y sont assis et s'y sont dressés avant nous. On y imagine Jean Jaurès, qui a sans doute élimé le velours de ce siège un jour ou l'autre, Marie-Claude Vaillant-Couturier, Ambroise Croizat et tant d'autres. J'y vois encore Michel Vaxès, planté comme un chêne devant un de ces micros en forme de liane. Je pense à Gaby Charroux, portant avec ténacité les intérêts des habitantes et habitants de nos territoires. Sans prétention aucune, je crois qu’avec mes collègues, nous avons fait une bonne entrée en matière, fidèle à nos engagements, à celles et ceux qui nous ont portés jusque là. Habités par un enthousiasme mis en partage avec bonheur.
Être à la hauteur, mon obsession. À la hauteur de l'histoire ? Ce serait afficher beaucoup de prétention. Si elle enseigne les audaces, l'histoire rend humble. J'en accepte les fils qui lient hier à demain, et même, je les cherche, je les rassemble si je peux. Je cultive mes fidélités autant que ma créativité. Être à la hauteur. À la hauteur de moi-même, donnant le meilleur de ce que je suis, avec audace et humilité. Et surtout, à la hauteur des attentes, à la hauteur de la vie.

Viennent de grandes batailles qui nous concernent tous et tous. Le monde nouveau qui nous est promis ne fait pas l’unanimité, loin s’en faut. L’érosion que semble connaître la « vague » des dernières élections en est le témoignage. Notre peuple a des ressources. Face aux immenses défis de notre temps, il y aura des espaces pour faire grandir des mouvements sociaux, pour faire avance des idées, pour gagner des batailles culturelles, pour imposer d’autres rapports des forces politiques. Ainsi, dans les débats et les combats, nous ferons croître une conscience commune.

Martigues, août 2017

La fabrique du commun

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