Le goût des grandes choses

Commémorer. Se souvenir ensemble. Prendre le temps de regarder en arrière, faire l’effort d’affronter ce vertige, refuser d’être enfermé dans cet éternel présent... Aurions-nous tant d’orgueil et si peu d’humilité que nous pensions pouvoir nous passer de cela ? L’histoire nous grandit et nous y sommes pris quoi que nous en pensions. Non que l’avenir y soit écrit, mais elle témoigne d’une humanité en chantier, que les épreuves façonnent et que les désirs aimantent. 
Comprendre. D’où nous venons et ce que nous sommes. A quoi nous sommes appelés. Les défis qui nous gansaillent sont immenses. Parce que le monde est ravagé par l’omniprésence de l’argent-roi. Et pour affronter cette crise qui s’installe, il faut lui disputer le pouvoir. C’est lui qui assèche l’humanité et lui fait perdre le fil. Il faut se défaire de toutes les pulsions de domination pour permettre à chacune et chacun de prendre sa place. 
Le 8 mai, il est question d’humanité. Le 8 mai, on fête la Libération, une oeuvre collective. Le 8 mai, on se souvient des jours heureux qui sont venus après l’incommensurable horreur du nazisme et du fascisme. On se souvient qu’auparavant, le Front populaire avait échoué sur le mur de l’argent, alors que remontaient les nationalismes. On se souvient que le monde était en guerre et que des bombes atomiques ont rasé des villes entières. On se souvient des réquisitions d’entreprises parce que leurs grands propriétaires avaient collaboré. On se souvient des massacres de Sétif, terrible ombre portée sur ce même jour où l’on ouvrait une nouvelle ère. On se souvient de ces idées gagnantes qui ont reconstruit plus qu’un pays, une société.  
C’est ce goût-là qu’il faut garder en bouche. Celui des grandes choses. Celles qu’on voudrait nous faire oublier. Nous savons ne pas être débarrassés des monstres. Qu’ils sachent qu’ils ne nous prendront pas les rêves. Face à toute épreuve, nous en avons encore fait l’expérience ces dernières semaines, c’est la réaction collective qui sauve. C’est la solidarité, c’est la fraternité. Ce n’est pas l’esprit de compétition, ce n’est pas la fuite, ce n’est pas l’égoïsme. Face à l’épreuve, nous nous redécouvrons plus humains que jamais. C’est sur cette force qu’il faut s’appuyer pour demain.
Voilà quelques bribes de ce que j’avais en tête aujourd’hui, devant les statues majestueuses des monuments aux morts de Martigues et d’Istres, où nous étions quelques unes et quelques uns, réunis pour faire mémoire. Pour, contribuer à faire oeuvre de civilisation. Voilà à quoi j’ai pu penser en chantant la Marseillaise, chant révolutionnaire, chant des fédérés, chant des résistants au bout des fusils dans les sombres clairières, chant de la liberté contre les rois et les tyrans, contre toutes les oppressions. 
Et en écrivant ces lignes, c’est pour Cécile Rol-Tanguy que j’ai une pensée. Elle était une de ces femmes courageuses qui se sont levées au péril de leur vie face à l’inacceptable. Toute sa vie, elle a été une inlassable militante de la justice, de la liberté, de l’égalité. Les résistants s’en vont. Nous nous sentons orphelins. Raison de plus pour ne pas s’affranchir de notre commune mémoire.
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